Jacques Brel - J' Arrive

Publié le par Fab de l'An Mil

Jacques Brel

 

J' Arrive

(1968)

1. J' ARRIVE - 2. VESOUL - 3. L' OSTENDAISE - 4. JE SUIS UN SOIR D' ÉTÉ - 5. REGARDE BIEN, PETIT - 6. COMMENT TUER L' AMANT DE SA FEMME QUAND ON A ÉTÉ ÉLEVÉ COMME MOI DANS LA TRADITION - 7. L' ÉCLUSIER - 8. UN ENFANT - 9. LA BIÈRE - Bonus Tracks : 10. LA CHANSON DE VAN HORST - 11. L' ENFANCE

Durée : 41'31

Prix / lieu d'achat : zassépa

Dans la discotèque entre : Georges BRASSENS et Grant Lee BUFFALO

 

Mes antécédents concernant l'artiste :

Merci de vous reporter à la chronique de l'album 67.

 

 

Pochettes, livrets, packaging... :

Et voici la quatrième pochette tirée d'une série de portraits sépia. Cette fois-ci, Brel nous apparait de profil et en très gros plan. Il n'arbore aucun sourire, sa bouche est hermétiquement close, il a l'air gravement sérieux. Sa chevelure est négligée, sa barbe naissante, une ride d'expression marquant son âge vient lui orner le coin de l'oeil.
Le sentiment qui ressort à l' observation de ce portrait, c'est qu'on a l'impression qu'on va pas trop se marrer à l'écoute de cet album.

   

 

Mes impressions à la première écoute :

Et en effet, ça rigole pas vraiment, ou rarement. Et quand, à quelques occasions (Vesoul, Comment Tuer L'Amant De Sa Femme...La Bière), l'humour fait une apparition, il est d'une noirceur profonde.
Les textes des chansons de cet album véhiculent parfois un certain sentiment de nostalgie désabusée, mais semblent surtout imprégnés d'un réel désespoir.

Et les accompagnements, pourtant puisés à des sources musicales aussi diverses que variées servent à merveille cette ambiance noire que créent déjà par elles-mêmes les paroles.

Avant de développer mon idée, je voudrais faire un point sur une petite chose qui me fâche légèrement. Comme ça, ça sera fait, on n'en parlera plus.
Voilà, ce qui me gêne un peu dans la musique de ce J' Arrive, c'est la présence d'une batterie dans l'orchestre. Pourtant, dans le rock, j'adore ça, la batterie. Un morceau de rock sans batterie à l'air tout nu, mais sur la musique de Brel, celle-ci fait l'effet d'une cravate à pois fluos portée sur un costume de bon goût. Elle voudrait décorer, amener un plus, mais elle est en fait de trop, de toute évidence. Son timbre étouffé et son volume diminué me font penser à une certaine variété française que j'aime à qualifier de "de droite", car peu appréciée par votre serviteur (plutôt de gauche), à savoir des trucs comme Gilbert Bécaud ou Serge Lama. Voire Sardou un peu plus tard. De cette variété qui a voulu, pour avoir l'air un peu moderne, mélanger des sonorités rock (en les aseptisant évidemment au maximum) à son orchestre classique. Une grave erreur, à mon avis. Voilà, ça c'est dit, passons maintenant aux choses plus réjouissantes.

A savoir, donc, l'extrême soin apporté aux arrangements de tous styles pour les faire converger vers un même but : donner au chant de Brel la lumière d'un tableau de Caspar David Friedrich.
Ainsi, le titre J'Arrive nous propose une orchestration classique et grandiose (sans être grandiloquente, comme toujours) et une prise de son du chant qui donne à la voix mûre et largement goudronnée de Brel une proximité étonnante.
Dans la même veine, une sorte de souple marche funèbre fait de Je Suis Un Soir D'Été une brillante réussite, en illuminant un texte énumératif comme je les aime qui, par les observations à travers clotûres et fenêtres d'un promeneur du soir, dresse des tableaux comme des saynètes sur différentes couches de la société, aux moments où les hommes se retrouvent entre membres de leurs castes respectives. Dans son oeuvre, Brel semble avoir toujours gardé un oeil crtique sur ses contemporains quand ils sont en société. Autant il parait admirer les esprits libres et solitaires et semble pouvoir aimer n'importe quel individu pour lui-même, autant il se méfie comme de la peste des groupes humains.
De même, un bandonéon (toujours efficace dans ces cas-là) sur L' Éclusier vient illustrer à merveille une chanson triste sur un métier décrit comme brumeux et ennuyeux.

Par contre, j'ai trouvé que la harpe de L' Ostendaise, sans doute préméditée pour figurer les mouvements de l'onde sur une chanson à vocation maritime et sombre, donnait au morceau un côté Bambi-Walt Disney peu crédible.

En ce qui concerne les chansons plus légères, bien que sur le fond tout aussi noires, évoquées plus haut, on se félicite avec déléctation de l'usage raisonnable fait de genres musicaux plutôt enjoués comme le jazz dixieland de Comment Tuer... (chanson-défouloir vaudevilesque et surréaliste) ou la valse-musette germanique et prévisible de La Bière "Ça sent la bière de Londres à Berlin. Ça sent la bière, dieu qu'on est bien" qui donne envie d'aller sur le champ se faire sauter une capsule. Sur ces deux morceaux, la farce noire est jouée sans tomber dans le ridicule, et c'est très réjouissant.
Et dans le genre "on rigole, oui, mais avec sérieux et talent", on admirera aussi de Vesoul la partition d'accordéon de haute volée interprétée par un Marcel Azzola (je connaissais ce nom) au taquet.

Parce qu'ils sont de factures très classiques et moins inspirées, je passe un peu sur les morceaux-bonus, postérieurs à la sortie de l'album originel, et qui ont en fait été des musiques de film : La Chanson De Van Horst pour "Le Bar De La Fourche" (1972) et L' Enfance (à ne pas confondre avec Mon Enfance sur 67 ou Un Enfant sur la présente galette) pour "Le Far West" (1973).

Pour conclure sur cette première expérience, je pense bien que je vais encore prendre plein de plaisir à découvrir comment Jacques Brel a su, une nouvelle fois, faire franchir une étape de plus à sa musique, même si je me demande bien si c'est lui-même ou l' orchestrateur François Rauber, pourtant déjà présent sur les albums précédents, qui a eu la foutue idée de faire jouer un batteur ici.
Il faudra quand même que je vérifie si cette fameuse batterie était effectivement absente des autres opus... 

   

Ajouté le 25 novembre 2007 : 

Mes impression après 1 mois :

Et bien, l'histoire de la batterie ne me dérange absolument plus du tout. Je me suis même étonné, à la relecture du début de l 'article, de ma mention de sa présence. 
Mais ceci ne m'empêche pas d'avoir un peu de mal à rentrer dans cet album. Si je suis à l'aise comme dans mes charentaises avec Vesoul, La Bière et Je Suis Un Soir D'Été, j'ai toujours du mal à me concentrer jusqu'au bout sur les autres morceaux. Mais je pense que ça vient de moi; d'un naturel optimiste j'ai toujours été beaucoup plus rapidement sensible aux musiques allant de l'avant. Pas doué pour la mélancolie, il va sans doute falloir que je me concentre plus au cours du deuxième mois pour apprécier à sa juste valeur ce J'Arrive qui à l'air de tout, sauf d'avoir été bâclé.

Ajouté le 23 janvier 2008 :
Mes impressions après 2 mois :
Je crois que c'est bon, je me suis bien acclimaté à ce disque. Je le connais assez pour être capable de le chanter en karaoke. Rassurez-vous je ne le fais pas, mais je trouve que c'est un bon test pour savoir où j'en suis de la connaissance d'un album.
Je me suis acclimaté et je suis désormais en mesure d'affirmer avec certitude que J'Arrive est, une fois de plus, une oeuvre majeure. Brel y est époustouflant de maîtrise, sur tous les plans. Les textes sont plus ciselés que jamais et coulent avec cohésion sur des orchestrations idoines, comme coulerait une peinture de bonne sur une planche finement ponçée et généreusement vernie.

Je pense que jamais je ne me lasserai de Vesoul, pour sa partie musicale. Son texte, finalement, n'a aucun intérêt en lui-même, il ne raconte rien. Il se peut même qu'il soit complètement absurde. Seulement, il a l'immense mérite de permettre à Brel de libérer l'énergie de sa voix sans qu'elle ne risque de s'empêtrer dans des diphtongues répétées ou de trop longues successions de consonnes. Il est alors suffisamment à l'aise pour pouvoir asséner à Marcel Azzola des "Chauffe! chauffe!" et des "Kaï kaï kaï" qui résonnent comme des coups de cravache sur les flancs d'un canasson. Et les doigts de l'accordéoniste de galoper de plus belle sur le nacre, pour le plus grand plaisir de nos nasses à sons.
De même, Je Suis Un Soir D'Été restera sans doute un de mes classiques. Son ambiance et ses descriptions me replongent littéralement quelques 12-13 ans en arrière quand, avec mon ami Jérôbinôme, alors seuls étudiants restant encore en ville à la fin juin, nous n'avions d'autre choix  pour occuper nos soirées que de parcourir à pied les tièdes rues de la ville pour en contempler l'architecture, regarder vivre sa population et faire des commentaires sur l'urbanisme. Le bon temps, quoi!
La théatralité de J'Arrive, me fait aussi un véritable effet, même si cela n'a pas été aussi immédiat que sur les chansons précédemment citées. Il m'aura aussi fallu du temps pour me sensibliser à la beauté de la vérité nostalgique mise en valeur dans Un Enfant, et même dans L'Enfance.

Finalement, je commence à comprendre qu'après cet album, Jacques Brel soit arrivé à une sorte de point de non-retour créatif en forme de sommet, et que la suite de sa carrière se soit plus tournée vers des prestations d'adaptations et d'interprétations.
Enfin, c'est ce que je pense...

Les deux morceaux qui m'ont le plus marqué :

Je Suis Un Soir D'Été pour sa brise caressante et ses 21°C
Vesoul pour le duo Jacques/Marcel

free music


 
Le coin du synesthète :

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jerobinome 27/01/2008 21:53

Coucou FabTiens "Je Suis Un Soir D'Été" ne me dit rien ! Faudrait que je la réécoute car je la connais certainement, puisque mon père m'a élevé à l'intégrale JB sur vinyl (entre autres).Oui quelle était bonne cette époque estudiantine, où sans le sou abondant, nous passions parfois sainement nos soirs en dehors des zincs et caves, à déambuler parmi les rues et ruelles de Rennes! Mais j'en saurai plus quand j'aurai réécouté le titre.De cet album, de nombreux titres me rappellent des moments d'enfance, et notamment "regarde bien petit", qui me boulversait à chaque écoute.Pour Vesoul, je ne suis pas d'accord avec toi, je trouve les paroles au moins à la hauteur de la musique. Elles illustrent à mervielle une réalité bien courante!Ahh Grand Jacques, inégalable !CiaoC'est toujours un plaisir de lire tes articles.

Fab de l'An Mil 28/01/2008 12:25

Merci pour tout, camarade. La bise à Jean-Claude, au passage.Ah le bon temps! "Take Me For A Walk" comme disait Robert Smith...Regarde bien Petit, à mon avis cette une chanson à ambiance. elle me rappelle beaucoup Zangra sur l'album Les Bourgeois. Une situation d'attente dans une atmosphère très tendue... je comprends que ça puisse impressionner un enfant senible.    ;-)Pour Vesoul, je maintiens mon avis : pas de grande pensée derrière ce texte selon moi, juste un exercice d'écriture parfaitement maîtrisé. Même si tu n'as pas tort sur le fait qu'il puisse reflèter une réalité courante (elles voulaient voir Lûneburg et on a revu Hambourg).    ;-)A bientôt, camarade. 

systool 11/05/2007 14:40

Hello Fab!Merci beaucoup de participer... je viens de voir que ton blog était en attente de validation, c'est chose faite... n'hésite pas à mettre tous tes vieux articles rock...Au fait, cela prendra quelques heures pour que tes articles apparaissent effectivement dans la liste de la communauté... c'est normal...Ah! et bien entendu, les gens souhaitant lire ou/et commenter l'article doivent passer par ton blog pour cela, la communauté n'étant qu'une vitrine...Merci de participer, la liste commence à s'allonger ;-)J'espère que tu vas bien et que de nouveaux articles sont en route SysTooL

Fab de l'An Mil 13/05/2007 21:45

Et bien c'est moi qui te remercie, SysT !     :-)Oui, tout va bien chez moi. Très bien même, mais l'arrivée d'un deuxième gamin et les travaux de finition de ma maison me laissent peu (presque pas) de temps pour bloguer. J'ai plein d'articles sur le feu, à l'état de brouillon depuis un moment, mais j'arrive pas à les finaliser...Mais un jour l'orage sera passé et je pourrai revenir avec plus d'assiduité.

systool 10/05/2007 17:22

Ciao Fab!!!


je viens de créer une communauté "Chroniques Rock" sur Over-blog... rien à voir avec Frodon et ce genre de conneries... c'est juste un truc auquel tu peux t'inscrire en un simple clic afin de mettre en lien tes articles sur le sujet...

Deux conditions : m'apprécier suffisamment et être en V2...

Voici le lien :
 http://www.over-blog.com/com-1001807803/Le+Monde+du+Rock.html

Un clic pour s'inscrire et une fois que j'ai "validé" ton inscription, tu verras apparaitre une nouvelle option au bas de ta page de création d'article : COMMUNAUTE. Il te suffira alors de choisir Le Monde du Rock.

J'ai pensé que c'était une manière sympa de retrouver les chros de toute la bande des rockeux d'OB (GT, Thom, Klak, Sili...)

A+

SysT

Fab de l'An Mil 11/05/2007 12:50

Ouais, super!!J'ai eu exactement la même idée en voyant apparaître les communautés sur OB. Mais comme j'ai vraiment pas beaucoup de temps à consacrer au blogging en ce moment (ah bon, ça se voit?), c'en était resté là. Evidemment j'en suis.Merci de d'être dévoué.

G.T. 22/04/2007 14:37

Les artistes de droite actuels ? Et bien... les mêmes qu'il y a 40 ans (Sardou, Johnny, Lama...) pas grand chose de nouveau... sauf Doc Gyneco ! Pas très alléchant comme tableau.
En même temps, il est aussi tellement conventionnel, de nos jours, d'être de gauche pour un artiste que ceux qui le revendiquent sont pas forcément crédibles... et à en voir certains hurler à la mort à cause du P2P alors qu'ils se laissent bien sagement manipuler par les patrons des majors, on se demande en quoi être de gauche pour eux serait autre chose qu'une "posture"...

Fab de l'An Mil 22/04/2007 14:45

Ah bon! Je croyais que y'en avais des nouveaux...Je pense pas que Doc Gyneco soit réellement fondamentalement de droite. Il paraitrait qu'il aurait une dette importante envers le fisc et que Sarko, ancien ministre des finances ayant (eu) accès aux dossiers, doit le tenir par les couilles avec ça. Enfin, il parait...Pour les artistes de gauche, de toute façon, moi j'ai toujours du mal à imaginer que l'art (comme l'humour d'ailleurs) puisse être de droite. Enfin, c'est que mon avis. Faut dire aussi que beaucoup d'entre eux soutiennent Ségo du PS. Et le PS est toujours mentionné comme étant un parti de gauche. Pour moi, il a plutôt des idées centristes. Mais encore une fois, ce n'est que mon opinion.

G.T. 15/04/2007 16:37

Salut Fab,
Tout à fait d'accord avec ce que tu dis sur la batterie et l'utilisation d'éléments rock dans la chanson française... ce sont des concessions aux goûts de l'époque, pour faire plus "moderne"... mais du coup, ça vieillit plus mal et semble pas très pertinent. C'est un peu comme certains types de sons de boites à rythmes ou de vieux synthés utilisés dans les années 80 par des groupes de rock... dont les albums des années 70 semblent au bout du compte avoir bien moins mal vieilli !
Et c'est aussi vrai ce que tu dis sur les chanteurs de droite et de gauche. Y a pas photo, quand on aime la chanson, c'est mieux d'être à gauche... car tu es du côté des Ferré, Brassens, Gainsbourg plutôt que de celui des Lama, Sardou, Johnny... Bon, y a du mauvais à gauche aussi actuellement... par contre, du bon à droite...
Et la nouvelle scène française a beau se positionner à gauche, on ne me la fait pas... molle, inoffensive et consensuelle comme elle l'est, elle travaille pour Bayrou !

Fab de l'An Mil 19/04/2007 23:46

Pour les sons excécrables d'une partie des eighties, je te rejoins totalement. J'ai d'ailleurs un bel exemple du genre dans une chronique à venir sur Peter Gabriel.
Sinon, c'est qui les artistes de droite actuels?