Jacques Brel - Ces Gens-Là

Publié le par Fab de l'An Mil

Jacques Brel
 
Ces Gens-Là
(1966)
1. CES GENS-LA – 2. JEF – 3. LA CHANSON DE JACKY – 4. LES BERGERS – 5. TANGO FUNÈBRE – 6. FERNAND – 7. MATHILDE - 8. L'AGE IDIOT – 9. GRAND-MÈRE – 10. LES DÉSESPÉRÉS - Bonus Tracks : 11. MIJN VLAKKE LAND (Le Plat Pays) - 12. ROSA (Version Flamande) - 13. DE BURGERIJ (Les Bourgeois) - 14. DE NUTTELOZEN VAN DE NACHT (Les Paumés Du Petit Matin)
Durée : 49’40
Prix/lieu d'achat : Mmfff...
Dans la discothèque entre : Georges BRASSENS et  Grant Lee BUFFALO
 
Mes antécédents concernant l'artiste :
Merci de vous reporter à la chronique de l’album Enregistrement Public A L'Olympia 1964 
 
Pochette, livret, packaging... :
Ça, c'est une pochette qui me renvoie un peu en enfance. Soit que je l'ai souvent vue traîner près de la platine familiale, soit que j'ai connu un lustre comme ça en vrai.
Et oui, cette fois-ci il y a un décor autour de Jacques Brel. Finis les gros plans plus ou moins niais, maintenant on donne dans la composition. Brel est ici dans son élément, à savoir la salle d'un café, chopine et cibiches à portée de coudes, il savoure le plaisir éternel d'un nuage de tabac posé sur une mare de houblon. Rien que de l'écrire ça fait envie, tiens.
Personnellement, je vois un message dans la photo de cette pochette : le grand Jacques n'est plus uniquement là pour lui même, il est à l'intérieur. A l'intérieur de quoi? Je sais pas; des choses, des gens, de lui-même, du monde, de la Vérité avec un grand V...
Il est là, il ne bouge pas mais vit tout du dedans, voit tout, observe et comprend. Saisir tous les tenants et les aboutissants qui régissent cet univers, en restant dans la contemplation, en n'ayant plus aucune inquiétude, en se contentant de jouir du bonheur de savoir tout prévoir, n'est-ce pas celà atteindre la plénitude qui conduit à la félicité et à l'éternité? Ou bien est-ce l'assurance de terminer ses jours dans le plus mortel des ennuis?
   
Mes impressions à la première écoute :
Hé, les copains! Y'a pas qu'au niveau de la pochette qu'on franchit un cap avec cet album.
Les accompagnements orchestraux, nombreux, sont massifs sans être lourds, tonitruands mais pas grandiloquents, énergiques mais pas hyper-actifs. Puissants et maîtrisés, ils me ravissent pratiquement à tous les coups.
Le morceau Ces Gens-Là est vraiment un chef d'oeuvre. Le premier couplet, chanté a cappella, plonge l'auditeur au coeur de l'univers de l'auteur et accapare toute sa capacité de concentration. Le texte, découpé au laser dans un dense bloc de matériau composite, étrange mélange de haine et de pitié, est évidemment à l'avenant. Trouvez-moi un seul défaut dans cette chanson, et je vous offre avec plaisir votre poids en bière belge de votre choix.
La structure de La Chanson De Jacky est étonnante et jouissive. Le couplet est scandé sur un fond de cavalcade éfreinée, et c'est le refrain qui, calme et léger, vient apaiser la furie de l'orchestre. D'habitude, on entend plutôt le schéma contraire.
Si Les Bergers ne m'a pas interpellé, j'ai trouvé l'accompagnement de Le Tango Funèbre peut-être mal adapté. La version live de 1964, moins mélodique, presque parlée, rendait l'assimilation du texte plus immédiate. Majestueux texte, par ailleurs.
Avec Fernand, on reste dans le thème de la mort et on laisse l'orchestration, idéale, véhiculer en soi une émotion inéluctable.
Mathilde, qui est un grand classique sans défaut d'aucune sorte, ne laisse pas la tache facile à L'Age Idiot qui, malgré un texte d'une facture peu courante et paraissant fort intéressant, souffre d'une orchestration un peu trop standardisée.
Par contre, Grand-Mère et son accompagnement théatral à souhaits nous conte avec un humour relativement noir (on va dire "gris foncé sur fond blanc") les frasques d'une mémé à l'immoralité plus qu'improbable. Dommage que le disque se termine un ton en dessous avec un Les Désepérés dont les arpèges de piano et les violonnades miaulantes ont eu tôt fait de me taper légèrement sur les nerfs.
 
Oui, une nouvelle étape de la carrière de Jacques Brel est franchie avec ce disque. Et ce ne sont pas les seules orchestrations, certes plus maîtrisées que jamais, qui sont les plus marquantes dans ce changement.
En réduisant le nombre de chansons avec un titre en "Les" (comme Les Bergers et Les Désespérés, uniquement) qu'il affectionnait sur les précédents albums, Jacques nous donne l'impression de quitter une vision que j'appellerais "marxiste" d'un monde divisé en classes et castes, pour donner un côté plus "Comédie Humaine " à son oeuvre. Pour cela, il nous décrit des cas particuliers, si particuliers qu'il les appelle par leurs prénoms (Jef, Jacky, Fernand, Mathilde). Ces personnages, aux destins souvent exceptionnels, de misère ou de folie, gardent toutefois encore une part d'universalité et permettent toujours à l'auditeur de faire sa propre introspection en se reconnaissant partiellement dans les travers de ces créatures que Brel nous chante.
Explorant ainsi une nouvelle voie prometteuse, JB efface de la plus belle des manières le certes léger, mais néanmoins présent, manque d'inspiration qui avait un peu plombé le sillon du précédent Les Bonbons.
 
Ajouté le 29 novembre 2006 :
Mes impressions après 1 mois :
Et que dire de plus?
Je peux confirmer que le texte de L'Age Idiot est une vraie perle. Brel s'y livre à une parabole savoureuse qui voit le ventre de l'homme grossir à mesure qu'il vieillit, et ce ventre finit par prendre aussi la place du coeur. Génial.
Par contre, les deux morceaux que j'ai toujours du mal à assimiler sont Les Bergers et Les Désespérés. Le texte de Les Bergers ne semble être qu'un banal hommage au nomadisme, et je n'ai pas encore réussi à me concentrer sur toute la longueur de Les Désespérés, qui manque un peu d'effets percutants. Il est intéressant de noter que ces chansons sont les deux seules de l'album dont le titre commence par "Les", que je considérais le mois dernier comme étant le symbole d'une époque révolue au sein de la carrière de Brel.
 
Ajouté le 2 mars 2007 :
Mes impressions après 2 mois :
En écoutant et ré-écoutant la chanson Ces Gens-Là, j'ai pris conscience d'une chose, c'est que le slam moderne de Grand Corps Malade ou de Abd Al Malik doit certainement plus à Jacques Brel qu'au rap issu des États-Unis. C'est vrai que le texte de ce morceau, comme la plupart de ceux de cet album, est dit d'une voix au moins autant parlée que chantée.
Et cette technique de phrasé, associée au dynamisme talentueux du Jacques, de par l'émotion brute et sincère qu'elle dégage, de manière intense tout au long de l'enregistrement, contribue, largement aidée par la grande qualité des orchestrations, à faire de Ces Gens-Là sans doute un des meilleurs albums de Brel.
Le meilleur? Je sais pas, il y a quand même qui me gênent un peu, Les Bergers, chanson dont je n'ai pas saisi quel intérêt elle pouvait présenter, et Les Désespérés, au goût de déjà entendu. Ces deux morceaux en "les", je le répète, semblent être les dernières pépites, plus petites et plus ternes, d'un filon jadis généreux, exploité pendant plusieurs années par Jacques Brel avec un talent immense, mais désormais tari.
  

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kfig 29/11/2007 23:42

Oui, c'est réellement splendide, pas sur que tu accroches mais essaye tout de même, on trouve ça sur les albums "Scott 1", "Scott 2" et "Scott 3" (oui, les titres sont vraiment pas originaux mais le contenu est à tomber ! il faut aimer les voix crooner par contre et les arrangements orchestraux - attention ça reste très délicat, ce n'est pas Michel Sardou !)

Fab de l'An Mil 29/11/2007 23:46

Les arrangements orchestraux, même pompiers, ça ne me dérange pas (tu trouveras des chroniques sur Nightwish dans ce blog ;-), par contre les voix de crooner, d'habitude, je crains un peu. Mais pourquoi pas, je suis capable d'être curieux de tout, si je veux.Bon là, présentement, j'écoute Amsterdam par SW via internet (oui je sais, c'est mal, mais c'est tellement bien) et je trouve ça pas mal du tout, c'est vrai que ça se tient, dans la dignité. Et sa voix présente je trouve quelques similitudes avec celle de Bowie ou de Nick Cave. Pas tant crooner que ça, donc. Ça me va.

kfig 29/11/2007 23:26

pas vraiment d'accord avec toi sur "Les Désespérés", c'est l'une de mes préférées pour ma part (je la trouve sublime).. mais j'adore toutes les autres aussi ! ;) Brel était totalement bouleversant, et tout les titres de ce disque sont à chialer, pas de tri à faire !.

Connais tu Scott Walker ? c'est le seul artiste anglo-saxon qui ait fait des reprises de Brel qui tiennent vraiment la route...

Fab de l'An Mil 29/11/2007 23:37

Ben tu sais, j'suis un peu bourrin, moi. Si la musique ou les paroles d'une chanson ne font pas un peu de rentre-dedans, je suis très capable de passer à côté d'un chef-d'oeuvre. Je vais tacher de réécouter ça de plus près.Scoot Walker?... de nom seulement. Et vaguement. Des reprises de Brel en anglais, ça a un intérêt, ça?

Oliv. 19/11/2006 14:51

Brel a fait un nombre impressionnant de titres avec juste un prénom ... 4 rien que sur cet album et sans compter La Chanson de Jacky !

Fab de l'An Mil 19/11/2006 18:04

C'est vrai. Mais je me suis aussi rendu compte avec cet album qui en comporte peu, qu'il avait finalement aussi fait un paquet de chansons commençant par "Les".Tiens! Justement, je voudrais lancer un petit jeu façon Alex-La-Baronne sur les prénoms dans les chansons.

Athalide 17/11/2006 16:57

Très étonnante du titre "Ces gens là" par le groupe Ange paru en 1971 sur le disque le Cimetière des arlequins

Fab de l'An Mil 17/11/2006 22:51

Salut Athalide! Bienvenue dans ces pages. J'ai été faire un tour sur ton très joli blog : il y  a l'air d'y avoir plein de choses intéressantes. Et puis on a pas mal de goût en commun : voir Amused To Death de Waters dans ta discothèque idéale me va droit au coeur.
Pour Ange, je connais que par bribes. Il faut vraiment que je m'y mette un jour car je suis sûr que ça devrait me plaire.