
Brigitte Fontaine
Libido
(2006)
1. CHÂTEAU INTÉRIEUR - 2. LA METRO - 3. CUL BÉNI - 4. ELVIRE - 5. LA NACRE ET LE PORPHYRE - 6. BARBE A PAPA - 7. MENDELSSOHN - 8. LES BABAS - 9. EX PARADIS - 10. LA VIANDE - 11. MISTER MYSTÈRE - 12. NOCES
Durée : 43'37
Prix / lieu d'achat : 16,13 € sur alapage.fr
Dans la discotèque entre : The EVERLY BROTHERS et Aretha FRANKLIN
Mes antécédents concernant l'artiste :
Merci de vous reporter à la chronique de l'album Les Palaces
C'est dernièrement seulement que j'ai eu vent de l'existence de cet album sorti fin 2006. Je l'ai acheté quand même, ne voulant pas lacher l'artiste dans son évolution, bien que je me rende
aujourd'hui compte que j'ai raté Saint Louis En L'Ile en 2004, mais bon tant pis.
Mais comme Libido a finalement été très peu relayé, du moins pas au point d'arriver jusqu'à moi avant dernièrement, je m'attends à peut-être entendre quelque-chose de médiocre.
On va bien voir.
Pochettes, livrets, packaging... :
Dans le digipack au graphisme composite et aux tonalités noire et rose, très tendance ces derniers mois, siège une petite BD fort
sympa qui, fonction de livret, intègre sur 20 pages les textes des chansons. Cette démarche me fait beaucoup penser au dernier
album de Renaud, d'autant plus que BF, dans les dessins, est aussi représentée largement à son avantage physiquement. On aurait du mal à croire que cette vamp de 30 à 40ans maxi,
légèrement vêtue, soit en fait l'image d'une mémère qui bientôt tape les 70 piges. Apparemment ce serait Brigitte qui aurait copié sur le Titi; Rouge-Sang étant sorti le 02/10/06 et libido le
30/10/06. Enfin, ça tient à peu de choses. On va dire que les créatifs graphistes des deux écuries, Polydor et EMI, ont eu la même idée en même temps...
Mes impressions à la première écoute :
Très vite, je comprends une raison pour laquelle je n'ai pas entendu plus parlé de ce disque : il porte bien son titre, est assez
branché cul, en fait. Enfin, c'est pas les chansons éroticoquines de Pierre Perret, non plus. Non, c'est bien plus subtil que ça. L'album Libido parle globalement d'amour, mais en laissant au
sexe et aux plaisirs des sens la place qu'ils tiennent réellement dans une relation et dans nos vies en général, c'est-à-dire bien plus importante que ce que l'historique morale judéo-chrétienne
ambiante nous autorise encore à laisser transparaître.
Ainsi, Château Intérieur, en préambule, prend presque dix minutes pour nous éveiller tous les sens; La Nacre Et Le Porphyre résonne de la même façon en nous vantant les bienfaits de
l'amouir dans le luxe; Barbe A Papa, ouvre une fenêtre sur le sado-masochisme, et Mendelssohn narre les plaisirs que peut apporter la nourriture dans les ébats.
Mais attention, qu'on en se méprenne pas. On n'a pas ici à faire à de la musique de lupanar pour jouisseurs lubriques ou pour névrosés sexuels profonds. Non, le côté pile du sujet est aussi
abordé : Ex Paradis ressemble fort à une chanson de rupture, et Les Babas nous rappelle que la libération sexuelle des sixties n'a pas signifié celle de la femme qui a toujours
continué à préparer la bouffe (et les bédos) à son bonhomme et à lui rapprécier les fringues.
Et puis tout ceci est fait avec la patte "Brigitte Fontaine". Même si les mots utilisés sont crus (Cul Béni), ils ne sont jamais grossiers. Grâce à la voix si particulière de BF? Sans
doute. Et grâce aussi à l'alchimie qu'elle produit avec ses orchestrations bien léchées (ben oui!), comme d'habitude.
Comme d'habitude, oui, Fontaine a une nouvelle fois réussi à bien s'entourer pour l'arrangement de ses morceaux. Outre le toujours fidèle Areski Belkacem qui signe évidemment la majorité des compositions, on peut également entendre sur Libido les créations de M sur Mister Mytère et celles du fameux Jean-Jacques Vannier sur Barbe A Papa et sur Mendelssohn. Cette dernière fait d'ailleurs fortement références aux orchestrations de L'Histoire De Melody Nelson, oeuvre de JJV, tant dans la musique elle-même que, carrément, dans les textes de la chanson. En effet, Brigitte entame le morceau par "J'écoutais Melody Nelson du très regretté Mendelssohn...". D'autre part, les choeurs de Mister Mystère me rappellent fortement Gainsbourg, aussi. Il est vraiment devenu indispensable, le Serge, aux chanteutrs français, dis-donc. Ça c'était pour les anecdotes qui frappent à la première écoute.
Alors, constatant l'ambition de la thématique de l'album, subodorant des textes à la hauteur du challenge posés sur des arrangements d'une qualité apparemment supérieure, et même s'il me reste à trouver des fondations pour ces impressions, je ne vois pas pourquoi ce disque ne fonctionnerait pas.
Ajouté le 11 mars 2008 :
Mes impressions après 5 écoutes :
C'est à petits pas que je continue l'inventaire des
pîèces de ce château (intérieur?) qu'est Libido. Cinq écoutes ont été tout juste suffisantes pour me faire mémoriser la déco de chacune d'elles. Ainsi, ce n'est que dernièrement que j'ai pris
conscience des scènes d'amours saphiques qui ornaient les murs de la chambre Elvire.
Il me faut maintenant pénétrer plus avant tous les aspects musicaux de l'oeuvre, et tacher d'identifier formellement ce qui semble coordonner les différentes chansons pour former (et oui) ce
qu'on pourrait appeler un album conceptuel (ben ouais).
Ajouté le 17 avril 2008 :
Mes dernières impressions après 18 écoutes :
Pas si évident que ça, cette histoire. On pourrait facilement croire, qu'à l'orée de l'automne de sa vie Brigitte Fontaine ait voulu faire un point sur sa vie amoureuse et sexuelle. Ainsi il eut été aisé de penser que Château Intérieur fut un résumé de la vie de sa propriétaire, et dont les différentes pièces seraient des allégories représentant les étapes-clés de l'évolution sexuelle de cette dernière. Malheureusement (ou heureusement), ce n'est pas si simple; quand on croit avoir entre les oreilles des indices sûrs du dessein de BF, la strophe suivante nous remet aussitôt dans le doute. Mêlant vocabulaire rare et imagination loufoque en apparence, Brigitte sait en plus, aux moments les plus opportuns romprre avec tout rationnalisme pour mieux nous plonger dans la perplexité. Impossible ainsi de savoir si "Comme dans un film de La Métro" nous compte les premiers émois d'une toute jeune fille à une époque où le cinéma hollywoodien était le seul fournisseur d'une certaine sensualité un minimum subversive. Mais une allusion à la pornographie ("Quelques Tarzans dénaturés jettent leurs cigares allumés pour mieux explorer le point G des petites Jane olé olé") nous ouvre une fenêtre sur un monde parallèle spatio-temporel plus moderne
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