Le Tourbillon de Pigalle

Publié le par Fab de l'An Mil

Ce soir, j'ai familialement regardé la télé pendant le repas, comme un beauf moyen que je sais être de temps en temps.
J'ai vu Stéphane Bern (mouaif) qui, en compagnie d'Ariel Wizman (bon d'accord...) et du sarkosiste-dont-je -retiens -jamais-le-nom-et-qui-est-là-depuis-la-rentrée (bweurk), recevait PatrickBruel (heuuark) et Jeanne Moreau (respect quand même). Il a trouvé le moyen, Bern, pour meubler politiquement correctement le contenu de son émission, de ressortir à cette respectable dame son passé de chanteuse tourbillonnante. Celle-ci a honnêtement rétorqué qu'elle n'était pas vraiment une chanteuse parce qu'elle n'avait presque pas fait de scène et sous-entendait qu'elle avait eu le bonheur de pouvoir enregistré des disques parce qu'elle connaissait des gens connus dans le milieu. Plus qu'une forme de politesse, cette reflexion consituait un regard objectif sur le propre passé d'une femme qui n'a plus rien à prouver ni à conquérir. Merci à elle.
Moi, le Tourbillon De La Vie, je l'ai découvert pour la première fois interprèté par Pigalle. Enthousiasmé par Dans La Salle Du Bar-Tabac De La Rue Des Martyrs, j'avais, à cette époque de mes 15 ans, fait l'acquiqition du 33 tours éponyme élégament sous-titré Regards Affligés Sur la Morne Et Pitoyable Existence De Benjamin Tremblay, Personnage Falot Mais Ô Combien Attachant. J'avais bien aimé ce disque pendant de longs mois, puis je l'avais mentalement remisé dans l'étagère de mes péchés de jeunesse, comme un mauvais souvenir cutané de mon passé acnéique.
Alors, pour me remémorer le miel de cette chansonnette évoquée ce soir à la TV, j'ai aussitôt remis, pour la première fois depuis un bout, mon vieux vinyl sur la platine. Mais comme depuis ce temps-là, j'ai souvent entendu la version originale du Tourbillon, je me suis étonné à ne pas reconnaître cette reprise que j'ai, par ailleurs, trouvé a posteriori un peu fade et inutile.
Par contre, ayant les mains prises, j'ai laissé tourner le disque et j'ai redécouvert la puissance des textes de François Hadji-Lazaro. Malgré son echolalie récurente ("pendant longtemps, j'ai eu j'ai eu un doute", "Alors même si un jour futur, futur"...), qui m'a lontemps agacé, mais qui constitue, à sa décharge, un moyen de faire coller le texte à la mélodie sans le priver de sa substance, ce cher et historique Fanch a su me toucher à nouveau. Quand je repense aux sujets favoris des nouveaux chanteurs français actuels qui savent surtout regarder leurs charentaises, je me rapelle, à l'écoute de ce Pigalle qu'il est possible d'écrire des textes dont la portée, d'envergure philosophique et sociale, sait toutefois garder un pied dans le quotidien et par conséquent rester en même temps accessible à tous.
  
 
"Elle recevra cette lettre qui raconte que d'chi
De toute façon, elle sait qu'on s'est jamais rien dit
Elle la lira heureuse m'imaginant géant sur mon Caterpillar
Les bornes se déroulant, vers le soleil des autres, des autres gens."
   
"Sophie de Nantes aux amours gris sns envies
Aux hommes pressés d'hôtels de nuit, hôtels d'ennui
Seule au réveil plus nue que nue
Sans s'étonner d'une fuite de plus"
    
"C'était chez Jimmy, qu'on allait le samedi
Entre Bagnolet et la rue des Pyrénées
Avec dans le ventre une seule envie
Boire un coup et s'éclater à en crever
Y'avait tous les copains qui venaient, just' pour voir
Et puis tous ceux qui jouaient dans les groupes
Pour eux l'univers c'était leur guitare
Pendant que les autres ondulaient de la croupe
...
Puis tout a fermé, les voisins rouspétaient,
Restait plus que les groupes et la musique"
 
"Pis dans les prisons y'a pas d'musique, y'a que la complainte nostalgique
Des barreaux qu'on tape, des matons qui frappent
Des nerfs qui craquent quand on attend la date"
   
"En bas, les rues maintenant sont vides, les reatardataires rentrent ventre à terre
En bas, il est minuit déjà
En bas, les rares bagnoles, à fond, foncent vers la banlieue"
   
Merci pour tout ça, François.
   
"Je sais qu'vous direz que c'est démagogique
Mais c'est juste un peu nostalgique"

Publié dans keuvra

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matteo do brasil 28/11/2005 16:10

Salut á toi Fritz,
'Annéfé, Pigale; ça nous ramène á nos années acnéiques. (enfin pour moi pas trop , parce que j'ai été épargné de cette époque crunchienne, mais ayant néanmoins aussi vécu á cette période ingrate, un complexe tout aussi affligeant d'absence total de poil sous les bras...Et ce jusqu'á quasi mes 17!, les boules, t'imagines! Enfin fermons la paranthése).Je voulais évoqué mon souvenir de cette magnifique chanson "le tourbillon de la vie", découvert en assistant á Jules et Jim de F.Truffaut...envoutante Jeanne Moreau; elle avait de quoi faire tourbillonner les tetes. allez la bise

Fab de l'An Mil 03/12/2005 14:47

Merci pour ton anecdote pileuse (ou pas) qui est finalement la partie la plus percutante de ton commentaire.
Si, si. Et tu le savais bien, au moins inconsciemment.